Six questions qui maintiennent l’incertitude sur les marchés
Alfred Lam - 28 septembre 2026
Les marchés évoluent dans une fourchette malgré de solides bénéfices. Explorez six questions clés allant des taux et de la dette à l’IA et à la géopolitique.
Les marchés stagnent depuis la mi-août, malgré la croissance exceptionnelle des bénéfices annoncée par la majorité des sociétés américaines. Les investisseurs s’intéressent de plus en plus à plusieurs questions clés :
- Le nouveau président de la Réserve fédérale, Kevin Warsh, est-il déterminé à atteindre la cible d’inflation de 2 %, et cela suppose-t-il des taux d’intérêt plus élevés au cours des prochains mois?
- Quelles seront les conséquences des prochaines élections de mi-mandat?
- Le gouvernement américain est-il trop endetté, et les coûts d’emprunt, dont témoignent les rendements des titres du Trésor américain, continueront-ils d’augmenter?
- Le conflit actuel entre les États-Unis et l’Iran entraînera-t-il une hausse persistante du coût des intrants et de l’énergie?
- Le déploiement de l’intelligence artificielle (IA) est-il voué, tôt ou tard, à l’échec?
- L’économie canadienne souffrira-t-elle de l’intensification des tensions avec les États-Unis?
Hausses ou baisses de taux : Selon des mesures traditionnelles comme l’inflation, les marges bénéficiaires des sociétés, le chômage et les écarts de crédit, l’économie américaine continue de tourner à un rythme légèrement plus soutenu que prévu. Dans ce contexte, une modeste hausse de taux de la Réserve fédérale serait raisonnable. Les marchés intègrent actuellement une probabilité de plus de 50 % d’une hausse de taux de 25 points de base en septembre. Une seule hausse de 25 points de base ne devrait pas avoir d’incidence notable sur les investissements des sociétés ou les dépenses de consommation, et même une hausse supplémentaire de même ampleur n’aurait probablement qu’une incidence limitée. La certitude d’une hausse pourrait donc constituer une issue plus favorable qu’une incertitude persistante, du moins pour les marchés boursiers.
Élections de mi-mandat : Les élections de mi-mandat demeurent une grande inconnue. Compte tenu du niveau déjà élevé de la dette publique et de l’augmentation des charges d’intérêts, il semble peu probable que le président américain Trump puisse accroître considérablement les dépenses budgétaires ou l’ampleur des réductions d’impôt. Son administration pourrait toutefois continuer d’adopter une attitude plus conflictuelle à l’égard de ses adversaires politiques et de ses partenaires commerciaux, y compris de proches alliés comme le Canada.
Dette souveraine et hausse des rendements : En ce qui concerne la question plus générale de la dette souveraine, les investisseurs ont, dans une large mesure, choisi de fermer les yeux sur le problème pendant des années. Les niveaux d’endettement sont manifestement élevés et il faudrait énormément de temps pour les réduire, même avec un engagement politique ferme en faveur de la discipline budgétaire. Les gouvernements conservent le pouvoir de lever des impôts et d’émettre de la monnaie, ce qui rend les marchés moins enclins à imposer une véritable discipline face aux emprunts excessifs. Cela dit, l’attitude des investisseurs pourrait évoluer graduellement, comme en témoigne la hausse constante des rendements obligataires depuis 2024, après la fin du plus récent cycle de relèvement des taux.
Géopolitique : Le pire scénario serait que les conflits géopolitiques persistent et deviennent une « nouvelle normalité ». Tant que les entreprises continueront d’investir et que les ménages resteront disposés à payer des prix quelque peu plus élevés, les répercussions économiques devraient rester gérables et les conséquences pour les placements pourraient être limitées.
Intelligence artificielle (IA) : Pour ceux qui ont utilisé l’IA, que ce soit au moyen de grands modèles de langage comme ChatGPT ou d’agents d’IA de plus en plus évolués, les gains de productivité se révèlent déjà considérables. L’IA devrait donc faire durablement partie de la panoplie d’outils des sociétés comme des particuliers.
Toute innovation technologique majeure oblige les investisseurs à porter un jugement sur l’avenir, souvent avant de disposer d’un historique suffisant pour en valider les effets à long terme. Fondamentalement, investir dans l’IA revient à miser sur l’ingéniosité humaine et sur notre capacité à concevoir de nouvelles applications et de nouveaux modèles d’affaires ainsi qu’à réaliser des gains d’efficacité. Bien que la trajectoire future de l’IA puisse ne pas être linéaire, nous demeurons optimistes et estimons qu’elle constituera un puissant moteur de croissance économique et de gains de productivité au cours des années à venir.
Les sociétés feront sans aucun doute face à des difficultés dans leurs efforts pour perfectionner leurs modèles d’affaires, favoriser l’adoption de l’IA et dégager une rentabilité durable. Les investisseurs devraient donc envisager l’IA dans une perspective à long terme et s’attendre à des périodes de volatilité ainsi qu’à des revers occasionnels. Ces risques sont toutefois contrebalancés par la possibilité d’obtenir des rendements à long terme plus élevés.
En définitive, ces préoccupations ne se résorberont que progressivement dans l’ensemble du système et pourraient périodiquement refaire surface. Toutefois, à condition que les bénéfices des sociétés continuent d’étayer les perspectives économiques, les inquiétudes des investisseurs devraient s’atténuer graduellement.
Canada : Plus près de nous, les données récemment publiées au Canada font état d’une forte croissance du produit intérieur brut (PIB), soutenue en partie par la hausse des prix des produits de base et l’augmentation des exportations. Si les prix des produits de base demeurent fermes, il est possible que les investisseurs mondiaux revoient à la hausse la valorisation des secteurs canadiens des ressources naturelles. Le président américain Trump est souvent perçu négativement au Canada en raison des tarifs douaniers et des tensions commerciales. Cependant, l’attitude plus agressive de son administration à l’égard de l’Iran a également contribué, involontairement, à la hausse des prix de l’énergie et des produits de base, ce qui a profité à certains segments du secteur canadien des ressources naturelles. Ainsi, certaines politiques ont créé des difficultés pour l’économie canadienne, tandis que d’autres ont soutenu les producteurs et les exportateurs canadiens de produits de base.