Au-delà de l’intelligence artificielle (IA) : les occasions que nous entrevoyons à l’échelle mondiale

Alfred Lam - Aug 27, 2026

Dans cet entretien, Karen Xue, directrice de la recherche multiactifs, présente les occasions sur les marchés hors des États-Unis et au-delà des placements très prisés liés à l’IA.

Alfred : Karen, vous ne m'êtes évidemment pas inconnue, mais le public ne connaît peut-être pas encore votre nom. Pouvez-vous vous présenter?

Karen : Bien sûr. Je m'appelle Karen Xue et je suis directrice de la recherche multiactifs à Gestion mondiale d'actifs CI.

Je travaille chez CI depuis 2021. Avant de me joindre à CI, j'ai travaillé pour l'une des grandes banques canadiennes, où je me concentrais sur l'analyse de l'actif et du passif et la gestion du risque de taux d'intérêt. J'ai étudié la finance à l'Université Wilfrid Laurier et je détiens également le titre de CFA.

Aujourd'hui, mon rôle est axé sur la recherche en matière de répartition de l'actif. Je traduis l'évolution macroéconomique et les tendances des marchés en recommandations de positionnement pour les portefeuilles, dans l'ensemble des catégories d'actif.

Alfred : Je suis toujours curieux de savoir ce qui amène les gens dans le monde de l'investissement. Avant de parler de placements, pouvez-vous nous raconter votre parcours?

Karen : J'ai toujours été fascinée par la façon dont les gens prennent des décisions dans des environnements où l'information abonde.

Au début, je pensais que la recherche quantitative était la voie qui me convenait, car j'aimais résoudre des problèmes par l'analyse. Mais avec le temps, je me suis rendu compte que le placement présentait un défi encore plus intéressant. Chaque jour, il faut traiter de l'information provenant de différentes disciplines, souvent à partir de données incomplètes et dans un contexte où les attentes évoluent sans cesse.

J'ai appris que la réussite ne tient pas au fait de disposer de la plus grande quantité d'information. Elle tient plutôt à la capacité de reconnaître l'information qui compte, de s'appuyer sur un cadre pour l'interpréter et de revoir son opinion lorsque les faits changent.

C'est la conception de ces cadres d'analyse et leur amélioration continue qui m'ont attirée vers le monde du placement, et cet aspect de mon travail reste encore aujourd'hui celui que je trouve le plus gratifiant.

Alfred : Excellent. La saison des résultats est en cours. Pouvez-vous nous parler des résultats des sociétés et des perspectives pour les prochains trimestres?

Karen : Jusqu'à présent, la saison des résultats a été très solide. Les bénéfices des sociétés de l'indice S&P 500 ont augmenté d'environ 50 % sur un an, tandis que la croissance du chiffre d'affaires s'établit à environ 15 %.

Ce qui est encourageant, c'est que cette vigueur a été assez généralisée, près de 90 % des sociétés ayant atteint ou dépassé les attentes.

La technologie reste nettement en tête, portée par la poursuite des investissements dans l'intelligence artificielle (IA) et la demande d'infrastructures numériques. Le secteur de l'énergie a lui aussi affiché des résultats remarquables, grâce à l'incertitude géopolitique et à la hausse des prix des produits de base. Le secteur des services de communication a également enregistré de solides résultats, même si cette vigueur reste en grande partie concentrée parmi quelques sociétés de plateformes à mégacapitalisation.

Pour la suite, je pense que l'attention ne portera plus tant sur les résultats que sur leur confirmation. Les bénéfices ont été solides et, dans bien des cas, confirment la thèse d'investissement liée à l'IA. Le marché cherche maintenant à obtenir l'assurance que ces moteurs de croissance resteront durables et pourront continuer de soutenir les bénéfices au cours des prochains trimestres.

Alfred : Ce trimestre, malgré la solidité des bénéfices, nous avons observé d'importantes fluctuations sur les marchés coréens et parmi les actions du secteur des semi-conducteurs. Qu'est-ce qui explique ces fluctuations et, de façon générale, que pensez-vous de l'intelligence artificielle (IA)?

Karen : Je pense que la volatilité tenait davantage au positionnement qu'aux fondamentaux.

À l'approche de juillet, les actions liées à l'IA et aux semi-conducteurs avaient progressé très rapidement, les investisseurs s'y étaient positionnés en masse et les attentes étaient extrêmement élevées. La correction a contribué à résorber une partie de ces excès.

Il est intéressant de constater que le repli s'est produit alors même que les bénéfices restaient solides et que la demande liée à l'IA demeurait robuste. Selon moi, la correction traduisait l'emballement du marché plutôt qu'une dégradation des fondamentaux sous-jacents.

De façon plus générale, je continue de considérer l'IA comme un important thème de placement à long terme. L'occasion est bien réelle, mais les marchés évoluent rarement en ligne droite. À certains égards, la volatilité récente a placé le secteur sur des assises plus solides, les valorisations, le positionnement et les attentes paraissant plus sains qu'au début de l'été.

Alfred : Tout le monde semble accorder trop d'attention aux États-Unis et à la Corée du Sud. Quels autres pays privilégiez-vous et pourquoi?

Karen : Nous continuons d'entrevoir des occasions attrayantes sur plusieurs marchés.

Nous conservons une opinion favorable à l'égard du Japon, compte tenu du contexte favorable sur le plan des politiques publiques, des réformes de la gouvernance des sociétés et de son exposition importante à la chaîne d'approvisionnement de l'IA par l'intermédiaire de l'automatisation et de la fabrication de pointe.

Nous entrevoyons également des occasions au Canada, où l'énergie et l'or offrent une certaine résilience dans un contexte géopolitique plus incertain.

De façon plus générale, nous conservons une opinion favorable à l'égard de certains marchés émergents. Des pays comme le Brésil profitent de l'amélioration de la dynamique de l'inflation et d'un contexte plus accommodant sur le plan des politiques publiques. Parallèlement, nous observons aussi des occasions attrayantes sur des marchés où les fondamentaux restent solides, mais où les attentes sont moins élevées que dans certains segments où les investisseurs se sont positionnés en masse.

Alfred : Enfin, quel est le positionnement de nos portefeuilles par pays et par secteur?

Karen : Nos portefeuilles restent bien diversifiés entre les régions et les secteurs, et nous continuons de privilégier l'équilibre, la gestion des risques et les rendements à long terme ajustés au risque.

Sur le plan régional, nous avons conservé une opinion favorable à l'égard du Canada, du Japon et de certains marchés émergents. Plus tôt cette année, nous sommes devenus plus prudents à l'égard de la Corée du Sud, puis nous avons réduit notre exposition à certains segments du marché américain lorsque les valorisations, le positionnement des investisseurs et les attentes ont atteint des niveaux de plus en plus excessifs, particulièrement dans les segments liés au thème de l'IA.

Sur le plan sectoriel, nous avons privilégié l'énergie, les services financiers et les soins de santé, tout en maintenant une sous-pondération de la technologie et de la consommation de base.

Il importe de souligner que notre positionnement plus prudent à l'égard de la technologie et de la Corée du Sud reposait sur des considérations liées aux valorisations et à la construction des portefeuilles, plutôt que sur une dégradation des perspectives à long terme quant aux fondamentaux. Comme nous l'avons constaté ces derniers mois, la correction du marché a contribué à améliorer le profil risque-rendement, tandis que les bénéfices et la demande liée à l'IA sont restés résilients.

À mesure que les conditions du marché changent, nous restons prêts à réévaluer notre positionnement en fonction de l'évolution des fondamentaux, des valorisations et du positionnement des investisseurs.

Dans l'ensemble, nous sommes positionnés de manière à tirer parti des occasions de croissance à long terme, tout en maintenant la diversification et en évitant une concentration excessive dans un seul pays, secteur ou thème de placement.

Alfred : C'est excellent. Merci beaucoup, Karen.

 


 

À propos de l'auteur

Alfred Lam, MBA, CFA

Alfred Lam, Vice-président principal et co-chef des stratégies multi-actifs, s'est joint à Gestion mondiale d'actifs CI (GMA CI) en 2004. Il apporte plus de 23 ans d'expérience dans le domaine en matière de construction de portefeuille, de répartition d'actifs et de gestion des risques, ce qui comprend la présidence du comité de gestion des investissements multi-actifs et l'évaluation d‘opportunités d'investissement pour générer une valeur ajoutée et gérer les risques. Alfred possède le titre de CFA et un MBA de la Schulich School of Business de l'Université York.