Table ronde de Gestion mondiale d’actifs CI – Janvier 2026
Alfred Lam - 2 février 2026
De l’énergie à l’IA, 2026 regorge d’opportunités et de risques. Explorez notre table ronde pour des idées clés et des stratégies efficaces pour votre portefeuille.
Bonne année!
Ce mois-ci, les équipes de Gestion mondiale d’actifs CI ont combiné leur expérience pour proposer une table ronde abordant une série de questions clés en matière d’investissement mondial. Nous avons le plaisir d’être accompagnés par :
- Lorne Gavsie, vice-président principal et responsable de la macroéconomie et de la stratégie de change
- Geof Marshall, vice-président principal, chef du revenu fixe et responsable des marchés privés
- Peter Hofstra, vice-président principal, co-chef des marchés boursiers – Recherche
- Kevin McSweeney, vice-président principal, gestionnaire de portefeuille et directeur – Marchés boursiers canadiens
- Curtis Gillis, vice-président, gestionnaire de portefeuille et directeur de la recherche – Marchés boursiers
- Leonie Soltay, gestionnaire de portefeuille – Actions
- Alfred Lam (modérateur), vice-président principal, co-responsable des Multi-actifs
Géopolitique et économie mondiale
Alfred Lam :
Il s’agit d’un sujet d’actualité : Le 3 janvier, les États-Unis ont attaqué le Venezuela et capturé le président Nicolás Maduro, le traduisant en justice pour terrorisme et trafic de drogue. De nombreuses puissances mondiales, ainsi qu’une grande partie de la population vénézuélienne, semblent considérer qu’il s’agit d’un sauvetage plutôt que d’une invasion. Faisons abstraction de la politique : Lorne, quelles sont les principales implications économiques pour le Venezuela, les États-Unis, le Canada, la Chine et l’ensemble de la région latino-américaine?
Lorne Gavsie :
D’un point de vue macroéconomique, les événements au Venezuela peuvent être perçus comme une question décisionnelle et énergétique qui se développera au fil du temps. Le redressement du Venezuela, tant sur le plan économique qu’en termes de production d’énergie, dépend d’une transition politique stable, d’une orientation claire en matière de sanctions et d’investissements étrangers importants, ce qui signifie que les progrès seront probablement lents et inégaux.
Une augmentation durable de la production pétrolière pourrait prendre des années. Les barils vénézuéliens seront très probablement redirigés vers le nord, vers les raffineries américaines. La Chine perdra l’accès au brut vénézuélien à prix réduit et l’on peut se demander si ses autres fournisseurs « à bas prix », à savoir la Russie et l’Iran, ne seront pas plus durement visés s’ils continuent d’échapper aux sanctions occidentales.
Il est essentiel de noter que les actions menées au Venezuela donnent de la crédibilité à l’intention des États-Unis de mettre en œuvre leur nouvelle stratégie de sécurité nationale, avec un accent mis sur le contrôle de l’hémisphère occidental. Leurs objectifs, tels qu’ils sont décrits dans la note stratégique, pourraient être poursuivis par une action militaire si les négociations avec les alliés n’aboutissent pas, ce qui augmenterait l’incertitude et les primes de risque dans toute la région. Le résultat final est une plus grande incertitude pour l’investissement et la croissance dans toute l’Amérique latine, ainsi que des préoccupations accrues concernant la sécurité souveraine.
Alfred Lam :
Le dollar américain s’est considérablement affaibli l’année dernière, mais le dollar canadien est resté à la traîne de la plupart de ses pairs. Comment envisagez-vous l’évolution du huard en 2026 et quels sont les principaux facteurs qui sous-tendent votre point de vue?
Lorne Gavsie :
En 2026, nous prévoyons un léger affaiblissement du dollar américain, car les taux américains baissent, la prime de croissance américaine se réduit et les coûts de couverture restent élevés. Pour le dollar canadien, la configuration est plus favorable qu’en 2025. La croissance devrait s’améliorer sur une toile de fond américaine plus solide, les initiatives budgétaires rétablissent la confiance et, la Banque du Canada étant désormais sur la touche, les différentiels de taux d’intérêt devraient être moins pénalisants. Le principal risque est l’incertitude en matière de politique commerciale et l’ACEUM. Une résolution favorable pourrait engendrer une phase de récupération pour le huard.
Marchés de l’énergie et position du Canada
Alfred Lam :
De manière générale, on s’attend désormais à ce que les États-Unis aient accès aux importantes réserves de pétrole du Venezuela. Curtis, qu’est-ce que cette évolution signifie pour les prix mondiaux du pétrole et pour la demande de pétrole canadien au cours des prochaines années?
Curtis Gillis :
À court terme (un à deux ans), nous ne pensons pas que la destitution de Maduro et l’accès accru aux réserves pétrolières vénézuéliennes auront un impact significatif sur les prix du pétrole. Des années de sous-investissement requièrent des capitaux importants pour réparer et remettre en état l’infrastructure pétrolière du pays, sans parler des capitaux nécessaires à l’augmentation de la production. Les sociétés pétrolières devront auront besoin d’une stabilisation de l’environnement politique au Venezuela ainsi que de conditions fiscales qui sont concurrentielles par rapport aux autres régions productrices de pétrole. Il faudra donc un certain temps pour créer un environnement susceptible d’attirer les investissements en capital nécessaires.
À plus long terme (3 à 5 ans), en supposant que l’administration du Venezuela change et que les conditions fiscales attirent les capitaux nécessaires pour moderniser les infrastructures pétrolières et accroître la production, les volumes supplémentaires de pétrole lourd devraient exercer une pression sur les écarts de prix entre le pétrole léger et le pétrole lourd (c.-à-d. les creuser). Cette situation créera une concurrence pour les barils de pétrole lourd et de sables bitumineux canadiens destinés aux raffineries du golfe du Mexique (environ 20 % des exportations de pétrole lourd et de sables bitumineux canadiens sont destinés à la côte américaine du golfe du Mexique) et fera donc baisser les prix obtenus par les producteurs canadiens qui vendent leurs produits aux raffineries américaines.
L’augmentation attendue de la concurrence des barils de pétrole lourd vénézuélien au cours des cinq prochaines années accroît la nécessité et l’urgence pour le Canada de développer d’autres débouchés qui ne dépendent pas du marché final américain.
Alfred Lam :
Quels sont les avantages concurrentiels du Canada par rapport au Venezuela en matière de production et d’exportation d’énergie?
Curtis Gillis :
Le pétrole étant un produit de base fongible, il est difficile de se démarquer. Cela dit, les principaux avantages concurrentiels du Canada par rapport aux importations vénézuéliennes tiennent principalement à deux facteurs :
- Aux délais – Il faudra du temps avant que les compagnies pétrolières se sentent suffisamment à l’aise face aux risques hors production au Venezuela pour engager des capitaux. Les conditions fiscales doivent également être suffisamment attrayantes pour attirer ces capitaux. Le sous-investissement chronique au Venezuela a entraîné une dégradation de l’infrastructure pétrolière et une perte d’expertise dans le secteur. Il est donc peu probable que les producteurs canadiens subissent une concurrence significative de la part des barils vénézuéliens à court terme (d’ici un à deux ans ou plus).
- À la technologie – Le Canada continue d’investir dans la recherche et le développement, contrairement au Venezuela, ce qui a entraîné un écart de compétences entre les secteurs pétroliers des deux pays. Cela a permis d’améliorer les taux de récupération du pétrole et l’efficacité (c.-à-d. une meilleure rentabilité des puits) grâce à des technologies plus récentes (p. ex. le drainage par gravité au moyen de vapeur assistée par solvant, SA-SAGD), ainsi que de réduire l’intensité des émissions dans les huiles lourdes du Canada par rapport à celles du Venezuela. Si le projet Pathways (captage, séquestration et stockage du carbone) est mis en œuvre, le Canada aura la plus faible empreinte carbone mondiale pour le pétrole lourd et les sables bitumineux.
Alfred Lam :
L’événement au Venezuela devrait donc avoir un impact à long terme et, à court terme, le Canada doit tirer parti de son avantage pour se positionner correctement face à cette nouvelle réalité. J’espère que notre premier ministre lira ceci. Leonie : les prix des lingots d’or ont augmenté de 65 % en 2025. Qu’est-ce qui a motivé ce mouvement haussier? Pouvez-vous nous parler des opportunités et des risques qui se présentent à partir de là?
Leonie Soltay :
Le marché de l’or a été l’un des principaux bénéficiaires de la montée des tensions géopolitiques et de l’incertitude économique en 2025. Cependant, la hausse des prix de l’or a entraîné une baisse de la demande de bijoux et une modération des achats nets des banques centrales au cours de l’année. Cette faiblesse a été plus que compensée par la forte demande des investisseurs et des particuliers, comme en témoigne l’augmentation des avoirs en FNB. À l’horizon 2026, le dollar américain devrait rester faible et la Réserve fédérale devrait poursuivre son cycle de réduction des taux, au moins au début de l’année, deux facteurs qui soutiennent les prix de l’or. Les banques centrales devraient également rester des acheteurs nets en 2026, car elles continuent d’accumuler de l’or pour diversifier leurs réserves de change. Les incertitudes persistantes entourant la politique économique et les tarifs douaniers, la hausse des niveaux d’endettement mondiaux ainsi que la poursuite des tendances de diversification au détriment du dollar restent des thèmes clés.
Pratiquement tous les facteurs macroéconomiques qui ont propulsé l’or à des sommets d’environ 4 500 dollars l’once en 2025 sont toujours présents et devraient se maintenir en 2026, soutenant ainsi les prix élevés de l’or cette année. Le risque pesant sur ces perspectives serait un apaisement des tensions politiques et économiques mondiales, qui réduirait l’attrait de l’or en tant que valeur refuge. D’autres risques comprennent un renforcement du dollar américain ou un virage de la Réserve fédérale vers une orientation de politique monétaire plus restrictive.
Politique monétaire et revenu fixe
Alfred Lam :
Passons maintenant aux fondamentaux économiques. Geof, la Réserve fédérale américaine aura bientôt un nouveau président et elle a récemment annoncé la fin du resserrement quantitatif. Quelles sont vos perspectives en matière de croissance et d’inflation pour le Canada et les États-Unis?
Geof Marshall :
Dans l’ensemble, nous constatons un changement dans le discours du marché, qui est passé d’une vision de « mauvais Trump/mauvaise Fed » (c’est-à-dire les tarifs douaniers, le DOGE, l’inflation persistante et une pause dans le cycle de baisse des taux d’intérêt) au premier semestre 2025, à une vision de « bon Trump/bonne Fed » qui a débuté au second semestre de l’année dernière. La vision « Bon Trump/bonne Fed » peut être décrite comme une politique budgétaire axée sur les réductions d’impôts et la déréglementation, ainsi que la reprise d’une politique monétaire accommodante qui devrait se poursuivre sous la direction du nouveau président de la Fed. Cela devrait créer un environnement propice à la croissance aux États-Unis. Les dépenses liées à l’intelligence artificielle se répercuteront progressivement sur la création de nouveaux emplois dans le secteur manufacturier et les services, à mesure que des centres de données et des capacités de production d’électricité supplémentaires seront mis en place. Avec l’affaiblissement du marché du travail et l’atténuation des effets des tarifs douaniers, l’inflation devrait continuer à baisser progressivement en 2026. La croissance économique aux États-Unis est généralement positive pour le Canada, et la Banque du Canada a réduit ses taux d’intérêt plus tôt et de manière plus agressive que la Fed. Compte tenu de l’attention particulière accordée actuellement à la nécessité de remédier à notre manque de productivité et de trouver de nouveaux marchés d’exportation, nous sommes également optimistes quant à la croissance économique canadienne en 2026.
Alfred Lam :
Il y a eu beaucoup de discussions autour de l’augmentation du recours à la dette pour financer les investissements dans l’intelligence artificielle. Geof, quelle est votre opinion à ce sujet? Prévoyez-vous un élargissement des écarts du crédit de qualité supérieure en 2026?
Geof Marshall :
Les marchés des obligations de sociétés ont été soutenus ces dernières années par une demande robuste, mais une offre nette limitée. Cette situation devrait changer en 2026, car le montant des capitaux nécessaires pour financer les dépenses liées à l’IA dans les puces, les centres de données et l’alimentation électrique devrait se chiffrer en billions de dollars au cours des deux prochaines années. Une grande partie de ce financement proviendra de l’émission d’obligations américaines de qualité supérieure, et les périodes de saturation et de questions entourant le rendement du capital investi dans l’intelligence artificielle devraient entraîner une légère hausse des écarts de crédit des obligations de qualité supérieure en 2026. Mais cela ne suffira pas à faire baisser les rendements en dessous de ceux des obligations d’État d’échéances comparables. Étant donné que peu de ces nouvelles émissions seront libellées en dollars canadiens, les écarts de rendement des obligations canadiennes de qualité supérieure devraient se montrer plus résilients, du moins jusqu’à ce que de nouvelles émissions liées à des projets de construction nationale voient le jour dans les années suivant 2026.
Alfred Lam :
Je partage ce point de vue et m’attends à ce que les obligations affichent de bons résultats en 2026. Cependant, nous nous sommes diversifiés en investissant dans des placements privés et des produits de base. Geof, vous êtes devenu notre expert interne chez Gestion mondiale d’actifs CI en matière de placements privés. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi il est judicieux d’intégrer des placements privés dans un portefeuille diversifié?
Geof Marshall :
En tant que gestionnaires de portefeuille, nous sommes toujours à la recherche de valeur relative et d’efficacité. En général, le capital-investissement est moins cher que les actions cotées en bourse et bénéficie d’une plus grande étendue, en ce sens qu’il n’est pas tributaire d’un groupe restreint d’entreprises (comme les « Sept Magnifiques ») pour générer l’essentiel de ses rendements. L’efficacité favorise la diversification. L’ajout d’actifs faiblement corrélés aux portefeuilles peut réduire la volatilité. Les actifs des marchés privés sont généralement évalués sur une base trimestrielle ou mensuelle, fournissant ainsi davantage de « signaux » que de « bruit » ou de réactions excessives parfois observées sur les marchés publics. S’ils sont correctement structurés, c’est-à-dire diversifiés en termes de catégories d’actifs, de stratégies, de gestionnaires et de millésimes, l’ajout de marchés privés à un portefeuille client typique de « 60/40 » peut fournir un effet tampon (ou une absence de volatilité) comparable à celui de la pondération de 40 % en titres à revenu fixe, tout en offrant des rendements équivalents, voire supérieurs, à ceux de la répartition de 60 % en actions. En d’autres termes, à long terme, l’ajout de marchés privés aux portefeuilles devrait augmenter les rendements et réduire la volatilité.
Actions : le Canada, les États-Unis et l’innovation
Alfred Lam :
Le marché des actions canadien a affiché un rendement supérieur à celui du marché américain en 2025. Kevin, pensez-vous que cet élan se poursuivra, compte tenu notamment de l’incertitude qui entoure l’avenir de l’ACEUM?
Kevin McSweeney :
Bien que les enjeux liés à l’ACEUM constituent une inconnue (et je suis optimiste quant à la conclusion d’un accord dans le courant de l’année), je vois de nombreux facteurs économiques et boursiers qui pourraient soutenir le rendement du marché en 2026.
Je pense que l’élan devrait se poursuivre, même si je dirais que je suis un peu moins optimiste que l’an dernier quant au rendement supérieur du Canada par rapport aux États-Unis, même si je reste positif dans l’ensemble. Le marché canadien bénéficie de plusieurs vents favorables, malgré l’incertitude entourant le dossier commercial. D’une part, la volatilité géopolitique, plutôt que de nuire aux marchés canadiens, leur a été favorable en 2025, le secteur aurifère du marché canadien enregistrant des gains importants et contribuant largement au rendement supérieur. Même si, avec le recul, cette situation est logique et que nous avons bénéficié de notre exposition à l’or, ce n’était pas un scénario auquel nous nous attendions. De plus, la résilience des marchés mondiaux face à la volatilité a soutenu les grandes sociétés canadiennes du secteur des services financiers, en particulier leurs activités liées aux marchés des capitaux et à la gestion d’actifs. Ces actions, qui étaient bon marché au début de 2025, ont atteint leur juste valeur, voire sont devenues légèrement surévaluées en 2026.
Un autre facteur positif est la possibilité d’importants afflux vers le marché des actions provenant de personnes qui retirent leur argent de produits d’épargne tels que les CPG. Les CPG et les produits d’épargne connexes affichent désormais de faibles niveaux de rendement en raison des récentes baisses de taux d’intérêt de la Banque du Canada. Les sorties de capitaux d’investisseurs ne bénéficiant plus que de taux de 2,5 % sur les CPG, contre 5 % il y a quelques années, ont joué un rôle clé dans le soutien et l’expansion des valorisations du TSX l’an dernier et cela devrait se poursuivre en 2026. Les investisseurs internationaux ont également été des acheteurs nets d’actions canadiennes à la fin de 2025, après avoir vendu leurs titres lorsque les craintes commerciales se sont intensifiées au début de l’année.
Et bien que les dépenses publiques doivent être maîtrisées à un moment donné, les mesures de relance budgétaire de 2026 offrent une toile de fond plus favorable à l’investissement grâce au soutien apporté aux consommateurs et à la suppression des obstacles à l’investissement des entreprises dans les infrastructures et les investissements connexes à travers le Canada.
Seule la moitié environ du chiffre d’affaires des entreprises du TSX provient du Canada, donc même si je pense que la croissance canadienne pourrait être quelque peu faible, en particulier au premier semestre, nous prévoyons un raffermissement de la croissance canadienne d’ici la fin de l’année, ce qui devrait aider les entreprises axées sur le marché intérieur.
Alfred Lam :
C’est bon à savoir. Pouvez-vous nous citer quelques entreprises canadiennes que vous privilégiez actuellement et, plus généralement, les facteurs qui vous préoccupent le plus lorsque vous investissez au Canada?
Kevin McSweeney :
On peut apprécier des actions pour diverses raisons : une bonne équipe de gestionnaires, des valorisations fantastiques, une exposition à des tendances économiques positives à long terme. Et au sein de ces catégories, il existe plusieurs cas intéressants sur le marché canadien.
Finning est une société qui combine une excellente valorisation et une exposition à des tendances à long terme. Elle propose des services de location et d’entretien d’équipement lourd dans l’Ouest canadien et en Amérique du Sud. Avec l’assouplissement des exigences en matière de permis au Canada et l’augmentation des investissements miniers en Amérique du Sud, combinés à une valorisation fortement décotée par rapport à celle de ses pairs, nous pensons que Finning dispose encore d’une marge de progression, même après avoir enregistré un rendement de près de 100 % en 2025.
Il peut sembler étrange de mentionner l’une des plus grandes sociétés canadiennes comme un titre sous-estimé, mais nous continuons d’apprécier Shopify, ce géant du commerce électronique. L’entreprise a démontré sa capacité à continuer de s’imposer dans son secteur; son application « Shop Pay » est très concurrentielle face à Apple, et elle continue d’établir des partenariats avec un éventail impressionnant de petites et de grandes entreprises (dont ChatGPT).
Et sur le plan de la valorisation, je pense qu’Air Canada est vraiment intéressante. Aux États-Unis, les gens se concentrent sur « l’économie en forme de K », où les riches stimulent la consommation grâce à leur part disproportionnée des revenus et de la richesse. Cela place les sociétés exposées aux dépenses des consommateurs aisés dans une bonne position. Ces sociétés se font plus rares au Canada, mais il est clair que les personnes aisées, ainsi que les Canadiens plus âgés, dépensent davantage pour des expériences de voyage. Air Canada est évidemment bien positionnée pour cela grâce à sa compagnie aérienne, mais aussi grâce à ses segments Vacances et Aéroplan. Elle se négocie avec une forte décote par rapport à ses homologues américaines, malgré un environnement beaucoup moins concurrentiel. Nous sommes plutôt optimistes et nous nous réjouissons du fait qu’il s’agit d’un point de vue nettement à contre-courant.
Les principales préoccupations sont les éventualités suivantes : i) le passage à un cycle de hausse des taux d’intérêt d’ici la fin de l’année; ii) le repli des produits de base (qui représentent 33 % du TSX) en raison de la faiblesse économique; et iii) l’issue défavorable du dossier commercial. Chacun de ces facteurs pourrait compromettre l’élan positif dont bénéficient les marchés canadiens et « l’image de marque » du Canada en matière d’investissement à l’échelle mondiale.
Alfred Lam :
Il existe un large consensus selon lequel l’intelligence artificielle représente l’avenir, même si nombreux sont ceux qui soutiennent qu’il pourrait s’agir d’une bulle. Peter, compte tenu de vos antécédents en matière d’investissement dans l’innovation, pensez-vous que l’IA est plus proche du début d’un long cycle ou de la fin d’une bulle spéculative, et qu’est-ce que cela signifie pour les investisseurs?
Peter Hofstra :
Nous pensons que la situation est bouillonnante, mais qu’il ne s’agit pas d’une seule grande bulle. La valorisation des grandes entreprises qui investissent massivement dans l’IA, à savoir Microsoft Corp, Alphabet Inc, Meta Platforms Inc et Amazon.com Inc, ne se situe pas en territoire de bulle, pas plus que celle de Nvidia Corp, qui est la principale bénéficiaire de ces investissements. Il y a toutefois des domaines à surveiller, notamment les valorisations sur les marchés privés, celles de certaines sociétés cotées en bourse et celles des constructeurs secondaires de centres de données, qui ont tendance à être fortement endettés. Nous pensons que le développement et les cas d’utilisation ont encore un long chemin à parcourir et que l’IA sera intégrée dans de nombreux produits et services dans l’ensemble des secteurs et des régions. Ainsi, même si l’opportunité est formidable et qu’il y a encore un long chemin à parcourir, nous savons que la route ne sera pas sans embûches.
Alfred Lam :
Étant donné que la route ne sera pas sans embûches, il est rassurant de pouvoir compter sur vous et votre équipe pour gérer activement nos actifs. Avec l’ampleur des investissements dans l’IA, les gains de productivité et les améliorations de rentabilité pourraient-ils devenir plus significatifs dès 2026?
Peter Hofstra :
L’impact se fera certainement sentir en 2026. Les premiers à adopter cette technologie bénéficieront d’avantages en termes de productivité et de rentabilité. Nous en entendons déjà parler dans des secteurs comme la construction et les services alimentaires, ainsi que dans la programmation informatique. Selon nous, tout le monde devra adopter et utiliser l’intelligence artificielle sous peine d’être laissé pour compte, ce qui signifie que les avantages en termes de rentabilité dont bénéficieront les premiers utilisateurs pourraient être de courte durée.
Alfred Lam :
À l’avenir, quel rôle pensez-vous que les humains joueront dans un monde de plus en plus façonné par l’IA et la robotique? Elon Musk, PDG de Tesla, a suggéré que le travail pourrait devenir facultatif d’ici 20 ans. Cela ne nous affectera peut-être pas, vous et moi, mais cela pourrait avoir un impact profond sur nos enfants et petits-enfants.
Peter Hofstra :
Honnêtement, chaque technologie a été vue comme une menace pour l’emploi. Dans les années 1970, les ingénieurs avaient un cours obligatoire sur ce qu’il fallait faire de son temps une fois que les robots et l’automatisation accompliraient tout le travail. Cela ne signifie pas pour autant que nous prenons cette idée à la légère. L’IA devrait avoir un impact considérable et façonner tous les domaines, de l’éducation à la main-d’œuvre. La question est de savoir si l’IA supprime des emplois humains ou si elle en crée. Nous semblons assez doués pour trouver de nouvelles choses à faire. Le monde dans lequel vous et moi vivons aujourd’hui est très différent de celui dans lequel nous avons grandi. Le monde sera très différent pour nos enfants et leurs enfants, mais espérons qu’ils feront bon usage des outils dont ils disposeront.
Alfred Lam :
Merci pour vos réflexions, Peter. Comme vous le savez, j’investis une partie du REEE de ma fille dans votre Fonds alpha innovateurs mondiaux afin de couvrir le risque lié à sa future « carrière ». J’espère que les robots ne lui voleront pas son gagne-pain, mais je me sens plus tranquille en sachant qu’elle possède elle aussi des robots!
Perspectives des marchés
Alfred Lam :
Fantastique. C’est vraiment formidable. Cependant, il est temps de conclure. Ma dernière question pour chacun d’entre vous : prévoyez-vous une hausse des marchés sur lesquels vous investissez à partir d’aujourd’hui et pourquoi? Veuillez également décrire les principaux risques liés à vos hypothèses.
Geof Marshall :
En matière de titres à revenu fixe, nous prévoyons que la partie médiane de la courbe des taux, c’est-à-dire les taux d’intérêt à moyen terme, évoluera dans sa fourchette, tandis que les courbes des taux souverains s’accentueront, la politique accommodante de la Fed étant confrontée à des émissions supplémentaires de dette afin de financer les dépenses déficitaires. Les obligations de sociétés devraient afficher de bons résultats en 2026 et leurs rendements devraient se rapprocher des rendements initiaux. Les écarts des obligations de sociétés pourraient s’élargir, ce qui exercerait une certaine pression sur les rendements, en raison d’une offre importante et du début d’un cycle de réendettement (les détenteurs d’obligations bénéficient du désendettement et de la réduction des risques, tandis que les actionnaires ont tendance à bénéficier du réendettement et des investissements axés sur la croissance). L’équipe estime que l’offre sera plus importante et que le réendettement sera plus marqué sur le marché américain. Nous prévoyons donc que les obligations canadiennes de qualité supérieure surpasseront celles des États-Unis. Dans l’ensemble, nous prévoyons une expérience positive pour les titres à revenu fixe en 2026, mais avec des rendements inférieurs à ceux de 2025.
Nous prévoyons que les marchés privés afficheront des rendements concurrentiels par rapport aux marchés publics en 2026. Les valorisations, la croissance des bénéfices et les rendements sont comparables ou meilleurs, et le sentiment (un indicateur pour une stratégie à contre-courant) est faible. Des questions subsistent quant à la solidité du crédit privé, mais nous ne prévoyons pas de problème systémique. L’immobilier continue de se remettre du mouvement de vente provoqué par les taux d’intérêt en 2022, bien que plus lentement que les marchés publics. Le capital-investissement gère les excédents. Les fonds de capital-investissement de millésimes plus anciens peinent depuis trois à quatre ans à monétiser leurs investissements existants. Le marché des PAPE a été essentiellement fermé pendant cette période et les acheteurs du secteur des services financiers ont manqué de capitaux. Le manque de ventes permettant de cristalliser les gains a comprimé les rendements et, pour les gestionnaires incapables de générer des distributions aux investisseurs, cela a créé un environnement de collecte de fonds très difficile. De nombreux gestionnaires de capital-investissement de petite taille ou peu performants ne survivront pas. Si la vente est difficile, c’est sans doute le moment idéal pour investir de nouveaux capitaux sur le marché, et nous sommes optimistes quant aux marchés privés, en particulier le capital-investissement.
Peter Hofstra :
Nous constatons que la tendance sous-jacente, dans le développement et les cas d’utilisation de l’IA, se poursuit. L’IA est extrêmement exigeante en termes de puissance de calcul et d’énergie, ce qui crée des retombées considérables, de la fabrication de semi-conducteurs aux infrastructures énergétiques, et cela devrait soutenir une croissance fondamentale continue. Les valorisations des plus grands participants ne sont pas exubérantes à l’heure actuelle, ce qui soutient la croissance du marché boursier. Une mauvaise utilisation de l’IA pourrait entraîner une réaction réglementaire, ce qui ralentirait le rythme de son déploiement, mais le risque le plus probable reste une volatilité classique, à mesure que les spéculations quant à l’ampleur et à la pérennité de ce déploiement fluctuent.
Kevin McSweeney :
Je suis convaincu que les marchés des actions canadiens seront plus élevés dans un an. D’un point de vue statistique, le TSX a progressé au cours de 18 des 25 années de ce siècle, ce qui signifie tout d’abord que je mise sur les probabilités.
Bien que les relations commerciales avec les États-Unis constituent clairement un facteur d’incertitude, un accord devrait être conclu afin de rétablir la prévisibilité, même s’il n’est pas aussi « libre » que par le passé. De plus, l’inflation doit rester faible pour permettre aux taux d’intérêt bas de continuer à produire leurs effets sur l’économie. Ce sont là les principaux risques.
Cependant, il convient de souligner que le Canada dispose d’une base de consommateurs qui a résisté à un cycle important de hausse des taux d’intérêt, de produits de base très prisés à l’échelle mondiale, d’épargnants qui seront contraints d’investir dans des actions pour obtenir des rendements réels positifs, d’un milieu d’affaires capable d’augmenter ses investissements et d’un environnement gouvernemental plus favorable, bien qu’encore imparfait. Pris ensemble, ces facteurs me donnent confiance quant à une performance positive du TSX, les marchés canadiens présentant un certain nombre d’atouts sous-estimés.
Alfred Lam :
En conclusion, il existe des raisons convaincantes de rester optimiste à l’aube de 2026, malgré les préoccupations géopolitiques actuelles. L’inflation continue de s’atténuer, tandis que la croissance des bénéfices est soutenue par les politiques budgétaires et monétaires. De plus, les progrès en matière d’intelligence artificielle devraient entraîner des gains significatifs en termes de productivité et d’efficacité opérationnelle, qui deviendront plus évidents à partir de 2026.
Nos portefeuilles sont positionnés de manière constructive, avec une répartition surpondérée en actions et une position sous-pondérée en obligations. Cela reflète notre opinion selon laquelle les actions sont susceptibles de surpasser les obligations, même si nous ne prévoyons pas de rendements négatifs pour les titres à revenu fixe. Notre forte conviction à l’égard du supercycle de l’intelligence artificielle persiste et nous avons réservé une portion dédiée du portefeuille pour investir dans les bénéficiaires à long terme de ce thème. Plusieurs de nos stratégies, telles que les positions longues sur l’or, ont enregistré de solides rendements en 2025 et nous évaluons activement les occasions de réduire certaines positions et de réallouer des capitaux en prévision d’éventuels changements dans la domination du marché en 2026.
Merci à nos panélistes, Lorne, Geof, Peter, Kevin, Curtis et Leonie, pour leurs précieuses analyses.
À propos de l’auteur
Alfred Lam, MBA, CFA
Alfred Lam, Vice-président principal et co-chef des stratégies multi-actifs, s’est joint à Gestion mondiale d’actifs CI (GMA CI) en 2004. Il apporte plus de 23 ans d’expérience dans le domaine en matière de construction de portefeuille, de répartition d’actifs et de gestion des risques, ce qui comprend la présidence du comité de gestion des investissements multi-actifs et l’évaluation d‘opportunités d’investissement pour générer une valeur ajoutée et gérer les risques. Alfred possède le titre de CFA et un MBA de la Schulich School of Business de l’Université York. Il est un chef de file reconnu en matière d’investissement multi-actifs au Canada. Au cours de son mandat, son équipe a remporté de nombreux prix d’investissement, y compris le meilleur fonds de fonds Morningstar, et a fait quadrupler ses actifs.