Au-delà des gros titres : le Canada est-il en difficulté?
Alfred Lam - 27 juillet 2026
Le Canada en récession? Explorez les forces qui remodèlent son économie : accords commerciaux, IA, taux d’intérêt et les tendances d’investissement mondiales.
Le Canada est-il en récession?
La réponse courte est non : le Canada n'est pas actuellement en récession. Dans l'ensemble, le produit intérieur brut (PIB) du Canada a montré des signes de contraction au cours des dernières périodes. Traditionnellement, deux trimestres consécutifs de recul du PIB signalent une récession technique. Dans le cas présent, toutefois, une grande partie de cette faiblesse s'explique par la dynamique démographique plutôt que par une détérioration généralisée de l'activité économique. Les politiques qui ont contribué à modérer la croissance démographique ont eu pour effet de réduire la croissance de la production totale. Toutefois, mesurée par habitant, la production économique du Canada a continué de progresser, quoique modestement. Cette distinction est importante : elle laisse entendre que le Canadien moyen ne subit pas le type de compression des revenus ni les tensions économiques généralement associées à une véritable récession. Le ralentissement actuel correspond plutôt à une phase d'ajustement qu'à un repli systémique.
Commerce et facteurs externes
La relation commerciale avec les États-Unis demeure un pilier essentiel de la stabilité économique du Canada. Malgré les discours politiques persistants et les tensions commerciales, les répercussions concrètes sont demeurées limitées. La majorité des exportations canadiennes continuent de bénéficier des exemptions prévues par l'Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM). Bien que l'ACEUM doive faire l'objet d'un examen cette année, il importe de rappeler sa structure : il s'agit d'un accord d'une durée de 16 ans prévoyant des examens officiels tous les six ans. À moins que toutes les parties ne cherchent activement à le modifier, l'accord demeure en vigueur.
Cela dit, des changements structurels sont en cours. La part du Canada dans les importations américaines a graduellement reculé pour s'établir à environ 11 %, ce qui reflète à la fois la diversification des sources d'approvisionnement des États-Unis et l'évolution de la demande, notamment la forte progression de la demande de matériel d'intelligence artificielle provenant de Taïwan et de la Corée du Sud. Plusieurs facteurs cycliques entrent également en jeu. Le ralentissement du marché immobilier américain a réduit la demande de bois d'œuvre canadien, tandis que l'augmentation de la production énergétique intérieure aux États-Unis a diminué leur dépendance à l'égard des importations d'énergie canadienne.
L'industrie automobile est l'un des secteurs les plus touchés. La politique industrielle des États-Unis, particulièrement sous l'administration Trump et son accent sur la production nationale, a créé des vents contraires pour le secteur automobile canadien. Le réalignement des chaînes d'approvisionnement et les mesures incitatives en faveur de la production « Made in America » remodèlent graduellement le paysage concurrentiel.
Nécessité d'une restructuration économique
Il ne fait guère de doute que le Canada entre dans une période de transition économique. Un certain degré de restructuration est non seulement inévitable, mais nécessaire. Cela comprend la diversification tant de la capacité industrielle que des relations commerciales afin de réduire la dépendance à l'égard d'un seul marché.
Les développements récents témoignent d'une ouverture en ce sens. Le Canada a pris des mesures pour assouplir les restrictions visant les importations de véhicules électriques (VE) en provenance de la Chine. Bien que le volume absolu de ces échanges demeure relativement faible et qu'il soit peu probable qu'il exerce des tensions importantes sur les relations avec les États-Unis, la portée stratégique de cette décision est considérable. Elle témoigne d'une volonté d'élargir les relations économiques avec la Chine, deuxième économie mondiale, et de positionner le Canada au sein de chaînes d'approvisionnement mondiales en évolution, particulièrement dans le secteur des produits de base.
Les marchés financiers ont largement intégré l'hypothèse selon laquelle la faiblesse actuelle de l'économie persistera. Depuis juillet 2023, la Banque du Canada a abaissé son taux directeur de 275 points de base. Le dollar canadien s'est déprécié, améliorant ainsi la compétitivité des exportations.
Dans ce contexte de consolidation de l'économie intérieure, nous mettons l'accent sur l'accompagnement des investisseurs canadiens afin de diversifier leurs portefeuilles et leurs sources de revenus grâce à des répartitions stratégiques à l'étranger. Miser principalement sur le marché canadien expose les investisseurs à une vulnérabilité structurelle bien documentée, soit le « biais national », compte tenu particulièrement de la forte concentration de l'indice canadien dans des secteurs cycliques comme les services financiers, l'énergie et un marché immobilier en ralentissement.
Pour bâtir un patrimoine résilient à long terme, les investisseurs canadiens devraient regarder au-delà des frontières nationales et s'exposer aux moteurs de croissance séculaire qui façonnent l'économie mondiale. Les principaux sont les secteurs axés sur l'innovation, notamment l'intelligence artificielle et les soins de santé. Ces secteurs ont attiré d'importants investissements en capital et pourraient transformer en profondeur la productivité, améliorer la qualité de vie et accroître la longévité au cours des prochaines décennies.
À propos de l’auteur
Alfred Lam, MBA, CFA
Alfred Lam, Vice-président principal et co-chef des stratégies multi-actifs, s’est joint à Gestion mondiale d’actifs CI (GMA CI) en 2004. Il apporte plus de 23 ans d’expérience dans le domaine en matière de construction de portefeuille, de répartition d’actifs et de gestion des risques, ce qui comprend la présidence du comité de gestion des investissements multi-actifs et l’évaluation d‘opportunités d’investissement pour générer une valeur ajoutée et gérer les risques. Alfred possède le titre de CFA et un MBA de la Schulich School of Business de l’Université York.