Ce que les marchés savent et que les manchettes ignorent
Alfred Lam - Jun 25, 2026
Les manchettes géopolitiques se font de plus en plus bruyantes, mais les marchés boursiers gardent leur calme. Découvrez comment l’histoire, les bénéfices et l’intelligence artificielle (IA) expliquent cette divergence apparente.
L’escalade des tensions entre les États-Unis et l’Iran a fait grimper les prix du pétrole de 53 % cette année, à 87,36 $ le baril, ravivant les pressions inflationnistes et tempérant les attentes de baisses de taux à court terme. Bien que l’impulsion inflationniste soit notable, l’histoire donne à penser que les chocs de cette nature liés à l’énergie tendent à être épisodiques plutôt que durables. Les épisodes passés, notamment l’embargo pétrolier de 1973, la révolution iranienne de 1979 et la guerre du Golfe de 1990, ont provoqué de fortes flambées des prix du pétrole et de l’inflation, mais leurs effets sur les marchés se sont révélés temporaires une fois que l’offre s’est ajustée et que l’incertitude a commencé à s’estomper.
Malgré ces vents contraires, les marchés boursiers ont fait preuve de résilience. Le S&P 500 a progressé de 19,7 % depuis son creux de mars et affiche un rendement de 11,2 % en cumul annuel. Bien que ce fort rebond ait alimenté les préoccupations entourant les valorisations, les fondamentaux demeurent favorables. La croissance des bénéfices des sociétés du S&P 500 a atteint 28,6 % au premier trimestre de 2026, soit son rythme le plus élevé depuis 2021, ce qui témoigne de la vigueur du cycle bénéficiaire actuel.
L’un des principaux éléments distinctifs de ce cycle réside dans l’ampleur et la rapidité des investissements liés à l’intelligence artificielle (IA). Le déploiement des infrastructures d’IA offre un contrepoids significatif à la hausse des coûts des intrants, soutenant à la fois la rentabilité des sociétés et l’activité économique dans son ensemble. Les dépenses en capital mondiales liées à l’IA devraient approcher 1 000 milliards de dollars par année — un montant considérable, mais qui demeure modeste comparativement aux quelque 60 000 milliards de dollars consacrés annuellement aux charges d’exploitation, notamment les loyers et la main-d’œuvre. Cet écart met en lumière le potentiel de gains de productivité importants à mesure que l’adoption de l’IA s’accélère, faisant écho à de précédents points d’inflexion technologiques comme l’électrification et l’essor d’Internet.
Bien que l’incertitude géopolitique, particulièrement autour du détroit d’Ormuz, demeure un risque, les marchés la considèrent de plus en plus comme un choc d’offre plutôt que comme une perturbation structurelle. Parallèlement, le cycle d’investissement dans l’IA continue de se renforcer, redéfinissant les dynamiques concurrentielles dans l’ensemble des secteurs. Le véritable fossé ne se situe plus seulement entre les sociétés et les individus, mais entre ceux qui exploitent efficacement l’IA et ceux qui ne le font pas.
Les périodes de perturbation ont historiquement créé à la fois de la volatilité et des occasions. Le contexte actuel ne fait pas exception. Bien que les risques demeurent élevés, la combinaison de bénéfices résilients et d’un puissant moteur de croissance structurelle lié à l’IA donne à penser que les perspectives des marchés boursiers à moyen terme demeurent favorables.
Glossaire
Volatilité : évalue dans quelle mesure le cours d’un titre, d’un dérivé ou d’un indice fluctue. La mesure la plus couramment utilisée de la volatilité des fonds d’investissement est l’écart-type.
À propos de l’auteur
Alfred Lam, MBA, CFA
Alfred Lam, Vice-président principal et co-chef des stratégies multi-actifs, s’est joint à Gestion mondiale d’actifs CI (GMA CI) en 2004. Il apporte plus de 23 ans d’expérience dans le domaine en matière de construction de portefeuille, de répartition d’actifs et de gestion des risques, ce qui comprend la présidence du comité de gestion des investissements multi-actifs et l’évaluation d‘opportunités d’investissement pour générer une valeur ajoutée et gérer les risques. Alfred possède le titre de CFA et un MBA de la Schulich School of Business de l’Université York.