Le combat entre logiciels et agents d’IA vient juste de commencer.
Alfred Lam - Mar 24, 2026
Les pires scénarios prévus par le marché se réalisent rarement. La chute des logiciels reflète des hypothèses d’IA extrêmes : lisez l’analyse pour en comprendre les limites.
Les bénéfices futurs sont importants car ils déterminent la valeur actuelle d’une entreprise. L’enjeu (et la source de volatilité) réside dans la prévision de ces bénéfices futurs. Les opinions des investisseurs sur les perspectives peuvent changer quotidiennement et de manière significative.
Les attentes en matière de bénéfices à court terme sont généralement ancrées dans les résultats du trimestre précédent et dans les indications fournies par la direction. Aux États-Unis, les sociétés se sont démarquées cette saison, affichant une croissance des bénéfices de 14 % en glissement annuel, et plus de 70 % d’entre elles ont dépassé les attentes en matière de bénéfices. Pourtant, même cette solide performance n’a pas réussi à convaincre les investisseurs d’un avenir prometteur. Nombre d’entre eux sont devenus anxieux en raison de spéculations selon lesquelles des agents d’IA pourraient remplacer les logiciels traditionnels, ce qui a entraîné une chute de 30 % du cours des actions de logiciels depuis le sommet du 19 septembre 2026. Il s’agit d’une affirmation audacieuse qui pourrait ou non se concrétiser. L’histoire regorge d’exemples de prédictions tout aussi spectaculaires, dont la plupart se sont avérées bien moins extrêmes dans la réalité.
Un exemple récent a été la réaction du marché aux annonces tarifaires du président Trump en avril de l’année dernière. Les investisseurs ont initialement supposé que les tarifs douaniers seraient entièrement mis en œuvre et causeraient des dommages économiques graves, y compris des effondrements de bénéfices et d’éventuelles faillites. Au final, les tarifs douaniers ont été moins élevés et ont eu moins d’impact. De plus, la Cour suprême des États-Unis a récemment jugé certains aspects des tarifs douaniers inconstitutionnels. Malgré la panique initiale, 2025 s’est avérée être l’une des années les plus solides pour les actions, les marchés mondiaux (l’indice MSCI Monde) ayant enregistré un rendement de 22 %.
Un autre épisode bien connu a été la pandémie de COVID-19 en 2020. Les marchés se sont effondrés sous l’effet des craintes que la société ne revienne pas à la normale et que des pertes humaines massives soient inévitables, suscitant des comparaisons avec la grippe espagnole de 1918-1920. Il est évident que les capacités actuelles en matière de soins de santé et de médecine sont bien supérieures à celles d’il y a un siècle, mais dans ces moments de panique, ces avantages n’ont pas été pleinement pris en compte. Heureusement, le pire scénario ne s’est pas produit, et les actions ont fortement rebondi, terminant l’année avec une hausse de 17 %.
Aujourd’hui, les investisseurs intègrent dans les prix le pire scénario possible pour les sociétés de logiciels, mais n’appliquent pas les mêmes hypothèses à la demande de matériel d’IA, ce qui entraîne une baisse simultanée des cours tant pour les perturbateurs de l’IA (Nvidia, AMD, Broadcom, etc.) que pour les entreprises touchées par cette perturbation (Microsoft, Salesforce, Palantir, etc.). Ce déséquilibre exerce une pression sur les valorisations dans l’ensemble du secteur technologique. L’histoire suggère qu’une fois que les scénarios extrêmes sont pleinement pris en compte dans les cours, les rendements qui s’ensuivent peuvent être significatifs, à condition que la réalité s’avère bien moins grave que ce que l’on craignait.
Ce que nous savons, c’est que le remplacement complet des logiciels par des agents d’IA nécessiterait une capacité de calcul (GPU) colossale et une infrastructure énergétique considérable. Même si la technologie était prête, la mise à l’échelle de cette infrastructure prendrait du temps. Une comparaison utile est celle de la technologie de conduite entièrement autonome, qui a eu du mal à se généraliser malgré des capacités sous-jacentes très avancées. De plus, de nombreuses sociétés de logiciels fonctionnent avec un effet de levier financier très faible, ce qui leur confère la flexibilité nécessaire pour investir et réinventer leurs modèles d’affaires lorsque cela s’avère nécessaire. Il est également important de reconnaître que les sociétés et les secteurs ne seront pas touchés de manière uniforme. Il est difficile d’imaginer qu’une entreprise comme Microsoft puisse perdre 27 % de sa valeur boursière en quelques mois après avoir racheté pour 18 milliards de dollars de ses propres actions, versé 24 milliards de dollars en dividendes, lancé son propre agent d’IA (Copilot) tout en améliorant les fonctionnalités de Windows et de Teams, et surtout, annoncé un chiffre d’affaires record. La concurrence entre les logiciels traditionnels et les agents d’IA constitue un risque à surveiller, mais ne justifie pas de céder à la panique.
À propos de l'auteur
Alfred Lam, MBA, CFA
Alfred Lam, Vice-président principal et co-chef des stratégies multi-actifs, s’est joint à Gestion mondiale d’actifs CI (GMA CI) en 2004. Il apporte plus de 23 ans d’expérience dans le domaine en matière de construction de portefeuille, de répartition d’actifs et de gestion des risques, ce qui comprend la présidence du comité de gestion des investissements multi-actifs et l’évaluation d‘opportunités d’investissement pour générer une valeur ajoutée et gérer les risques. Alfred possède le titre de CFA et un MBA de la Schulich School of Business de l’Université York. Il est un chef de file reconnu en matière d’investissement multi-actifs au Canada. Au cours de son mandat, son équipe a remporté de nombreux prix d’investissement, y compris le meilleur fonds de fonds Morningstar, et a fait quadrupler ses actifs.